Montréal Parano.

montreal annees 20

C’était un soir, comme ça, où j’avais laissé trainer mon être au beau milieu des accointances, pas toujours claires. Une soirée, un embranchement de discussion où la dérive se mêle à de curieuses tendances pour s’amarrer, plus en avant, devant le comptoir d’une boutique dont les questions engourdissent alors mes lèvres. « T’as-tu déjà testé ? »

Et là, il fallait bien l’admettre, mais la réponse fût non. « Pas encore… »

S’il n’y avait presque plus rien derrière cette incroyable paire azur, j’ai voulu boire jusqu’à la lie ses expériences, les comparer, les harnacher à des souvenirs qui n’étaient pas encore les miens, puis les vomir comme un trop plein de mauvais trip, les rendre à la mer et me repaître jusqu’à plus soif d’une vague scélérate, puis du ressac qui va les écraser sur les rochers. Les confettis de ma mémoire.

C’est alors qu’il y a eu Montréal. Le Montréal des années 20, avec ses fiacres, ses diligences porteuses de lait et ces réclames comme des panneaux géants d’une presse au cœur saignant sous la neige, mais bouillant, organe des Canadiens Français. Une ritournelle qui danse autour des beaux chapeaux, et qui se pâme des moustaches scintillantes devant l’épicerie Vaillancourt. Une automobile, aux courbes désuètes. De longues robes, et des bottines, de la fumée noirâtre agonisante entre le flot et le grain d’un Trunk étouffant, pour ne jamais plus revenir. Il y eut ce Montréal-là, et ses fous-rire sur les descentes en luges de bois.

Puis le regard s’inversa. Il se retournait comme pris dans la grande roue d’un animal qui cherche à s’échapper, qui ne peut même plus s’arrêter. « J’tais fucké en d’dans, j’tais gelé. Tu vois ? »

« Pas encore… »

On me tendit un bout de papier. « Vas-là, tu verras. »

Salvia en 10, en 20, et cætera. Kratom pour boire de la mélasse ou se confectionner un mauvais grog. « T’as pas ça chez vous ? » Non pour l’adverbe d’un champ lexical commun qui ne regarde pas le pot s’effriter noircir l’ongle, comme un gratte de black oublié au fond d’une poche, sous la feuille longue d’une tête de beuh presque toujours coupée. « Non, on n’a pas ça, par contre… »

Je suis reparti plein de fioles divinatoires, pour retrouver le Montréal des années 20. Les années folles d’un tout Paris américain où nous construirons des cabarets, où nous goûterons tous les alcools en redingote et beaux chapeaux. De jolies robes et des bottines guideront nos pas jusqu’à l’ivresse, où nous boirons tout notre soûl, et reviendrons, comme les souvenirs s’en viennent.

Et c’est alors que je l’ai vu. “Tu m’dis quoi?”

“Pas encore…”

Aller plus loin.

Quelques rappels s’agissant des substances évoquées dans cet article, pour en savoir davantage, notamment sur les risques et la législation.

salvia divinorum

Titre honteusement emprunté à Las Vegas Parano (lien affilié, il s’agit du livre).

Crédits photo: (1) Archives de Montréal; (2) salviaseller.

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Un commentaire

  1. Léa

    11 juillet 2021 at 01:52

    Toujours aussi prenant, toujours un plaisir ces chroniques 🙂

    Répondre

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