Mosaïque d’instances.

mosaique visages

Il y a des rencontres qui ne signifient rien, ou peut-être pas grand chose sur le moment, mais qui restent gravées. Six visages, juste un échange ou bien l’ivresse d’une seconde, parfois plus, parfois mieux, mais pour l’éternité sans que l’on sache vraiment pourquoi toujours, ou alors seulement ceux-là.

Le foudre de Zeus dans les yeux du mendiant.

Cet hiver commençant lui donnait la nostalgie de son ancien foyer, qu’il ne renierait peut-être plus jamais qu’à son corps défendant. Qu’en sais-je, au juste? Pieds nus, tête haute, une petite piasse pour s’arranger sous les bons mots de La Méprise, des engelures et du dédain, aussi.

De la chaleur et du soleil dans vos cœurs. Mais, en avons-nous seulement un?

Un mendiant sous la vitrine d’une boulangerie, nous sommes un soir de décembre à Montréal, et quand je m’éloigne les murs s’effritent et se répandent sur tout le macadam martelé. We don’t need no education. We don’t need no thought control

« Allez, les Verts! »

Je n’aurais jamais pensé écrire ça un jour avant d’avoir lu Paul Guth, et ses Lettres à votre fils qui en a ras le bol. Parce que c’était peut-être déjà écrit, justement, la preuve en est, et peut-être même qu’il y avait un certain côté prémonitoire. Comme cette rue Sainte-Catherine, puisque toutes les grandes villes francophones ont la leur, et puisque lorsqu’elle était encore vivante et animée ont l’appelait à Lyon la rue de la soif, une petite pièce pour un petit verre?

Peut-être pas, non, mais d’ailleurs tu viens d’où? De la ville des canuts. C’est drôle, mon père est originaire de Saint-Étienne, il a émigré ici il y a 35 ans. Ce qui est drôle, vois-tu, c’est que dans ma ville, on ne peut pas pifer les stéphanois?

D’ancestrales rancœurs de footeux qu’on vous inculque au plus jeune âge, mais comme ici c’est du soccer… Ça te dit, je t’offre un verre?

Venus sous LSD.

Un regard pur d’un bleu cristallin fuyant quand elle me parle, comme si j’étais absent, et pourtant c’est bien sa voix qui m’a retenu d’entre les angles morts, les angles droits. Je l’imagine sous substances et je la rêve à l’échéance qui n’expire pas. Sous ses ongles noirs une vie trop dure de déchéances qui s’éteint, là.

Elle veut manger et elle se goinfre, de beignes, d’azur, de poussières d’ange et de mots sales.

Une femme trop belle à l’aumône divine, décoiffée, enguenillée, pour une passante à l’engeance Mélusine, croiser Vénus sous LSD.

Macadam.

Il n’y a pas 5 minutes que j’ai fait surface pour la toute première fois où je me retrouve seul, à Montréal. La chaleur d’octobre saisi mon corps du souvenir de l’Amérique, l’été indien me grave la peau d’une rougeur presque brûlante lorsque j’entends tu veux l’Itinéraire? Quoi, mais pour aller où? Non, non, tu veux l’Itinéraire? Mais, je ne suis pas perdu! L’Itinéraire, là, l’Itinéraire!

Quand le passant se transforme en camelot, agitant dans une frénésie maladive un journal de rue là sous ma trogne, le Macadam de Montréal, je me sens alors bien bête. Je suis navré, je n’avais pas saisi que c’était le nom du journal. Et devant l’insistance du regard je dégaine la vérité, je viens d’arriver, je n’ai même pas un rond pour te l’acheter. Tu veux l’Itinéraire? Je n’ai même pas eu le temps de faire le change. Bah, tu vas là!

Je suis au croisement de Saint-Hubert et Sainte-Catherine, au bout de la pointe qu’il fait avec son doigt, la Banque Nationale.

Guitar Hero.

Place Gérald-Godin sur le Plateau, Mont-Royal ne fait pas de vagues et se laisse aller sur les accords d’une mélodie douce-amère et ses instances alanguies. Jambes croisées sur un banc, la chevelure sauvage caresse ses yeux qu’on devine en transparence lorsque, apaisée, la solitude nous quitte enfin pour devenir complice de ce plaisir. Plus personne n’est pressé, nous avions tous il faut croire notre rendez-vous par ici.

Il est jeune, il prend 10 ans lorsqu’il se fait sauter par des flics simplement parce qu’il est là et qu’il joue de la gratte. Ils le ceinturent, ils sont trois, bombent le torse, sortent les pecs et prennent l’air menaçant, et 4 ou 5 gars qui étaient là de les apostropher parce que le guitariste ne fait de mal à personne, bien au contraire, il nous fait du bien, à tous.

Ils l’emmènent sous la clameur indignée d’une musique qui n’adoucit pas toujours les mœurs, en tout cas pas les leurs.

 

Crédits photo: iStock.

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Un commentaire

  1. Avatar

    Céline

    9 juin 2020 at 08:17

    Wouah! Intense!

    Répondre

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