Habitat 67.

montreal habitat 67

L’histoire est folle et ne verrait certainement pas le jour à notre époque. Elle naît d’une vision, d’une chance laissée à l’audace et à la jeunesse, mais aussi d’une opportunité exceptionnelle à l’horizon d’un évènement qui ne l’est pas moins, « Terre des Hommes », l’exposition universelle de 1967 à Montréal. Il fallait donc un acte fondateur, un peu de chance aussi, être au bon moment, au bon endroit, avec un certain nombre d’individualités qui n’ont pas peur. Et du talent, bien sûr, du moins le croit-on.

C’est ainsi que Daniel Van Ginkel alors chargé du plan directeur d’Expo 67, invite un jeune diplômé de l’université McGill, inconnu jusqu’alors, à réaliser un projet d’habitation pour l’évènement. Son nom, Moshe Safdie, il n’a que 25 ans. Il va mettre en œuvre ce qui va lancer sa carrière et sa renommée internationale, en concrétisant ce qui demeure l’un des édifices les plus emblématiques d’Expo 67. Sa thèse, A Three-Dimensional Modular Building System, proposait un concept économique alternatif à l’étalement suburbain du schéma “traditionnel” de la maison de banlieue. Il fallait alors des ensembles de logements à haute densité d’occupation tout en apportant les bénéfices d’un pavillon, de la quiétude, de l’intimité et surtout un jardin pour tous.

« Les banlieues ne sont pas durables, alors il faut concevoir un bâtiment qui offre les qualités d’une maison pour chaque unité. Avec Habitat, tout tournait autour des jardins, du contact avec la nature, de la création de rues pour remplacer les corridors. »

Architecture pyramidale en trois parties, Habitat 67 est un amalgame de modules cubiques en béton, tous préfabriqués sur un terrain adjacent. Ce point est important, car pour rendre le projet économiquement viable, il fallait construire énormément de modules, et ainsi permettre de loger des ménages modestes. Safdie l’a conçu comme une cité dans la ville, avec ses commerces, ses rues-passerelles et des unités possédant chacune leur jardin et leur vue panoramique. C’était sa solution au problème de la densité urbaine et sa riposte à l’étalement urbain.

En 2009, Habitat 67 a été classé monument historique par le gouvernement du Québec.

montreal habitat 67

Habitat 67 en quelques chiffres.

  • Coût du projet.

21 millions de dollars, pour un budget initial estimé à 13,5 M. La construction a débuté en 1965 et s’est étalée sur 30 mois. Pour ce faire, une usine de préfabrication pour couler les modules de béton a été construite sur place.

  • Nombre de modules.

365 (ou 354, les sources varient, il faudrait donc les recompter… s’il y a des volontaires…), pour 158 logements répartis sur 12 étages. Chaque appartement bénéficie au moins d’une terrasse privée, située sur le toit d’un autre module. Initialement, il devait y avoir 1 millier de modules, pour 950 logements (comprenant des commerces et une école) répartis sur 22 étages.

  • S’y installer.

450$ de location au début, déjà cher à l’époque, pour une vente d’appartement à 1,5M de dollars en 2018. Bulle immobilière?

N’empêche, ça reste un bon spot pour faire du surf sur le Saint-Laurent, mais pas sûr que s’y adonnent les résidents…

On l’a vu, l’envergure du projet et la construction d’une usine de préfabrication à proximité du site d’Habitat 67 devaient assurer une économie d’échelle, qui aurait permis aux familles à revenus modestes de pouvoir y vivre. Raté, les appartements de la Cité du Havre ont été transformés au fil du temps en habitation de luxe.

“Le concept a été élaboré sans que l’on sache qui allait y vivre. Je ne crois pas que le logement social pose un défi architectural qui lui soit propre. Un défi politique ou économique, oui. Mais on ne le conçoit pas différemment du logement pour gens fortunés. La seule différence, c’est la taille. Mais tout le monde a besoin de lumière, d’espaces extérieurs, d’intimité.”

Bon, c’est bien beau tout ça, mais…

Comment s’y rendre?

On parle, on parle, on en oublierait presque l’essentiel. Sise dans la Cité-du-Havre, un quartier de l’arrondissement Ville-Marie, qui fut par ailleurs la porte d’entrée principale de l’Expo 67, cette œuvre architecturale est accessible à pied en remontant la promenade du Vieux-Port, l’occasion pour vous de passer à proximité du Silo N°5.

En transports en commun, il faut emprunter la ligne 168, qu’on peut rejoindre par les lignes de métro verte (arrêt McGill), et orange (arrêt Square Victoria). Une fois dans le bus, vous ne manquerez pas de descendre à l’arrêt Des Moulins/Pierre-Dupuy.

condo habitat 67

Ce qu’on en pense?

D’un point de vue esthétique, on m’a toujours parlé d’Habitat 67 comme étant quelque chose de dégueulasse, l’expression ratée d’une utopie surannée, mais quelle utopie ne l’est pas (si, non? à voir…), alors que je trouvais que c’était une œuvre architecturale audacieuse, remise dans son contexte bien sûr. On ne pouvait y voir, selon moi, une odieuse trahison au premier des arts majeurs, mais il est indéniable que l’ensemble divise. En revanche les gars, un petit coup de polish, hein, parce qu’on a beau dire, de loin l’ensemble paraît relativement sale, très sale, parce qu’on n’a pas osé dire authentiquement crade.

De l’œuvre aux desseins pluriels du départ également, ne reste véritablement que cette architecture justement, témoignage d’un passé aux aspirations prometteuses, mais révolues. Le temps a fait son œuvre, lui aussi, où le logement bon marché pour tous ne l’a jamais été vraiment, et où la privatisation des pieds carrés dans les années 80 a fini de parachever le désassemblage des modules de pensée. Lorsqu’on voit le prix d’un condo d’Habitat 67 aujourd’hui, on oserait presque se dire que la ville a laissé place à un ghetto pour riches au bout d’un quai, au bout d’une jetée. Safdie lui-même s’en félicite: “Cela prouve qu’il est prisé. L’embourgeoisement d’Habitat 67 est la meilleure chose qui aurait pu arriver.”

Disons-lui simplement, non, justement pas comme ça.

Site officiel, où l’on peut également programmer et réserver une visite: Habitat 67.

Sources: L’Encyclopédie Canadienne, répertoire du patrimoine culturel du Québec, Mémoires des Montréalais.

Crédits photo: (1) Louis-Philippe Provost; (2) HGTV Canada;(3) Sharp Magazine.

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Un commentaire

  1. Avatar

    Mr. Roger

    14 mai 2020 at 01:23

    Ça participe grandement au côté foutrac de Montréal, architecturalement parlant, une ville esthétiquement ni belle ni vilaine, mais un peu à part.

    Répondre

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