Le blues de l’expatrié.

homesick

On dit qu’il y a des étapes, des phases d’adaptations dans l’expatriation. Qu’on y croie ou non à vrai dire peu importe, et je ne crois pas qu’il y ait de schéma type. Finalement, chacun se fait sa propre expérience et ce coup de blues peut prendre des aspects bien différents d’une personne à l’autre. Passée l’euphorie de la découverte, l’insouciance des débuts, ça peut t’arriver sur le coin de la gueule sans que tu ne t’y attendes vraiment. Parfois pour un détail, parfois pour un mot. Tu entends une chanson, tu vois un truc au hasard ou une expression qui s’agite au détour d’une conversation, des nouvelles tombent et inondent ta boîte. Le vague à l’âme qui s’en vient sans qu’on n’y comprenne rien. Oui, le temps joue, mais passé la lune de miel la solitude et le mal-être s’en reviennent, c’est forcé. Mais pas toujours. La sensation n’est qu’éphémère pour certains, plus solidement ancrée pour d’autres qui repartent et mettent fin à leur expérience d’expatrié, ça arrive.

Homesick, j’ai le mal du pays. Je sors de ma zone de confort, je pars en détox de mes propres habitudes, celles d’hier, pour me shooter à mort d’une nouvelle routine bien d’ici. J’oublierai peut-être que la came de chez nous est meilleure, mais c’est faux. Question de goût. Je remarque quand même à quel point tout re-régler malgré le changement d’heure apparaît comme vital pour certains. Si tu es venu pour changer de vie, alors change-la. Et si les autres restés au pays te manquent, dis-toi juste que c’est bien, mais que ça n’est pas si grave. C’est sain.

Les symptômes tu les connais: fatigue, déprime, tu as l’air mélancolique et triste. D’ailleurs tu l’es, peut-être même que tu souffles pour un rien et que la nostalgie envahit ta tête. When you feel blue mec…

Pour une fois je n’ai pas envie de structurer, j’ai simplement envie de causer. Alors parlons des causes justement.

La famille, les amis. Gros point noir tout ça, terreau fertile du coup de blues ces deux saloperies. La famille à plus d’un titre, déjà avec un peu de chance parce qu’on l’aime, mais également parce que sans cesse les autres nous y renvoient. Les enfants grandissent, ils se rappellent vaguement d’un tonton déconneur sans cesse à leur faire des blagues. Mais ça, c’est quand ils étaient petits. Les rides qui apparaissent davantage, les belles chevelures qui deviennent grises de nos parents qui vieillissent. Nos grands-parents qui s’en vont, et à qui on n’a pas pu faire un dernier au revoir. On le savait et on l’a fait, en vrai, mais on aurait aimé quand même en faire un autre, encore, pour oublier qu’on a peut-être manqué quelque chose. Simplement se dire que si quelqu’un a besoin de toi, ou qu’il lui arrive un truc, tu ne seras pas là pour lui. Le Québec est aussi particulier pour ça puisqu’il y a énormément de français, et qu’il y en aura toujours un parmi ton cercle d’amis qui reviendra de visiter sa famille, ou que celle-ci viendra les voir. Ils reflètent ton propre manque et te servent une part de blues en te promettant que la prochaine sera pour eux. Question de roulement. Et les amis c’est pareil – d’ailleurs ici, est-ce que t’en as? Ils élèvent de la marmaille pour produire des belles et jolies excuses blondes qui bavent un peu, mais qui seront toujours légitimes à ne pas venir te voir, ce dont on ne saurait leur reprocher. « C’est toi qui es parti! » Ce qui fait mal, et c’est complètement con, c’est de comprendre que tous ceux-là ont continué sans toi, et que tu ne retrouveras jamais tout ce que tu as laissé. La plupart des choses ont disparu, pas forcément les amitiés, mais les liens ne sont plus les mêmes.

Le temps des fêtes, la solitude. L’ombre de nos proches n’est jamais loin surtout la première fois. Je dis ça, mais mon premier Noël canadien était à la fois exceptionnel et douloureux. J’ai été accueilli dans la famille de ma coloc, comme si je faisais partie des leurs. Ils m’ont fait partager ce moment, un vrai Noël québécois sans que je sois seul à aucun instant. La vérité c’est qu’une partie de toi reste résolument tournée vers ceux qui ne sont pas là, malgré tout. J’ai quand même été profondément touché et j’en garde un souvenir plein d’émotions. Je n’en dévoilerai pas plus, tout ça m’appartient, et à eux également, mais c’est un moment et un souvenir fort que je conserve précieusement. Comme s’il fallait se mettre davantage du baume au cœur, j’ai aussi fêté le Noël des expat. Puisque pendant cette période la plupart de nos amis québécois étaient dans leurs familles, on a essayé d’en créer une nouvelle ici, avec ceux qui n’avaient pas la leur au temps des fêtes. C’est un peu ça le remède.

C’est comme manger un carré de chocolat…

Sauf que merde, pour en trouver du bon! Parce que mine de rien, et c’est aussi le contrecoup d’une absence à combler, c’est qu’à la longue la boustifaille de chez toi te manque cruellement. D’ailleurs il n’y a qu’à voir le colis type que reçoivent les expat. J’ai fait le bilan autour de moi et nos proches nous envoient tous les mêmes choses, sans se connaître et sans se concerter, avec un seul but: du réconfort pour tenir. Et ces colis ne contiennent que de la bouffe, ou à 90%. Le petit paquet Haribo qui fait plaisir, la terrine machin, le saucisson interdit à peine déballé que t’éclates sans prendre ta respiration, la petite spécialité de chez toi… J’ai grandi à Lyon, la bouffe est dans mon ADN!

Je dis ça, mais j’y pense, et si j’allais me préparer une ou deux bugnes. Je suis sûr qu’après ça ira mieux.

Crédits photo: Tekst Roku.

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4 Commentaires

  1. Lysa

    7 mars 2018 at 05:04

    C’est trop ça! Un coup de Skype aussi c’est sympa, mais l’éloignement c’est quand même terrible… allez, un bout de fromage et ça repart 🙂

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    • Sara

      14 mars 2018 at 14:47

      Clairement, tous les 6 mois j’ai mon petit coup de blues…

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  2. Jo

    19 avril 2018 at 13:45

    Tellement vrai ce que tu decris

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  3. André

    16 mai 2018 at 23:55

    Je me retrouve tellement dans ça…

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