Le colis des proches: l’indispensable d’une vie d’expatrié.

colis

On a tous une bonne raison de s’expatrier. Une opportunité professionnelle, une envie folle, une simple envie, une grande curiosité et le désir de sauter les deux pieds joints dans l’inconnu, se tester, juste se tester, un besoin d’aventure, vouloir se mettre en danger en sortant de sa zone de confort, un coup de cœur, un sourire à tomber… Mais le prix à payer est parfois rude. On laisse sa famille et ses amis, les petits plaisirs de notre vie d’avant, ce qui fait que là-bas c’était chez nous. Et comme il n’est pas toujours facile à nos proches de venir à nous, recevoir un peu de saveur de son pays c’est faire le plein de dopamine, c’est faire la chasse au petit coup de blues d’une vie d’expat‘ où le colis de ses proches devient indispensable.

Noël avant l’heure.

C’est toujours un peu une surprise. On l’attend sans s’y attendre, on espère, on s’impatiente, on l’oublie jusqu’à l’avis de passage qui nous somme d’aller chercher quelque chose à la poste. Mon premier colis était celui de mes parents. Je savais que ce jour arriverait, mais pas à ce moment-là. Je me vois encore sortir de chez nous Boulevard Saint-Michel à Montréal, couper par le parc des locomotives après la rue William Tremblay, ce magnifique parc qui n’est qu’une place bordée d’une haie entourant un carré d’herbe… la folie des grandeurs… puis traverser le parking de Provigo pour couper la rue Rachel où le passage piéton est trop loin, longer les condos U31 encore en construction puis m’engouffrer dans la pharmacie où se trouve le bureau de Postes Canada.

La plupart des choses que l’on reçoit, sauf les créations, les petits mots et autres attentions dans ce goût-là, sont accessibles assez facilement, à plus forte raison dans une ville comme Montréal. Ce qui change fondamentalement, c’est que tous ces produits viennent de nos familles, nos amis, de ceux qui nous connaissent le mieux et qui seront toujours bienveillants envers nous, ceux qui changent l’ordinaire en singulier, ceux qui font qu’un Palmito sera toujours meilleur que tous les autres si celui qu’on mange vient d’un paquet qui nous a été donné par eux. C’est comme ça.

Alors que retrouve-t-on dans ces colis?

  • Au rayon nourriture:

Pêle-mêle, on retrouve pas mal de sucre puisqu’en Amérique du nord, c’est vrai, on en manque. Citons la crème de marrons, les palets de la Mère Poulard, du chocolat noir intense à 70%, le paquet de Haribo (fraises Tagada et Schrtoumpfs). De la brioche tressée ou de la gâche, qui sont 1000 fois mieux que le pain de mie pour le petit déjeuner, certes excellent au Canada, mais d’une saveur incomparable et toujours moelleuses même après un transport ou elles ont été malmenées. On n’est pas objectif.

Le fromage qui a pris le chaud. Mon histoire familiale inscrit le Comté sur le menu de chaque repas, chacun sa came, mais ça peut être n’importe quoi d’autre, comme quelques portions de Vache Qui Rit. On trouve facilement du fromage français au Canada, mais plutôt très cher et sans grande variété. Quant au lait cru, on oublie. Du foie gras, évidemment et face à l’indignation du monde entier, du pâté de campagne et du saucisson. Lui, comme la charcutaille en général, c’est un peu particulier. En réalité, il est tout bonnement interdit à l’importation puisqu’il n’est pas considéré comme tout à fait clean par nos amis canadiens. Une belle fumisterie me direz-vous pour un pays qui a autorisé les OGM depuis bientôt 30 ans, le saumon transgénique en 2016, et bourre ses bêtes d’antibiotiques et d’anabolisants pour qu’elles se développent « un peu » plus vite… on est bien d’accord! N’empêche que voilà, le sauciflard est interdit (jusqu’à 800$ d’amende et une interdiction de territoire, cependant rarement prononcée), mais bien caché dans ton colis tu vas pouvoir le dégommer en moins de 2 jours.

  • Dans la trousse à pharmacie:

Le sempiternel Toplexil qui se boit comme du petit lait, eh oui, d’ailleurs on peut le trouver en ligne à 9 ou 10$, mais il est quasiment tout le temps sold out! Pour le reste, on a beau avoir des équivalents locaux, il n’est pas rare de retrouver dans le kit de survie du colis d’expat un tube de Labello ou de Biafine, une boîte de Doliprane ou de pastilles miracles.

  • Sur la table de nuit ou accroché sur les murs, ou sur ton frigo:

Au milieu de la bouffe, glissé dans d’improbables recoins pour ne pas s’abîmer, une enveloppe avec les dessins des neveux, des cartes postales de sa ville, des mots chaleureux, doux, de toute la famille, des amis. Le truc qui t’arrache la cage thoracique en martelant très fort à coups de boum boum boum et parfois des larmes qui montent aux yeux. Tu les vois les naufragés d’une célèbre émission quand ils découvrent les petits mots de leurs proches, on est sensiblement dans le même délire, à cela près qu’on n’a pas quelques heures ou quelques jours d’absence, mais des mois, des années. Et on a beau dire, skype et consorts, c’est pas pareil. J’ai même eu des post-il à coller sur le fridge, des dizaines de petits mots préparés à l’avance parce que les gens sont dingues et qu’on les aime pour ça.

Le goût du partage.

Il y a un véritable plaisir de recevoir et on n’est pas peu fier de faire découvrir des spécialités de sa ville, sa région, les saveurs de son pays à 6 000km de chez soi, même quand ça ne match pas. Je me rappelle encore la tête de ma coloc après une tartine de terrine aux truffes de ma cousine, ou un calisson d’Aix-en-Provence. Une moue entre le dégoût et l’étonnement pas super positif qui nous rappelle qu’en terme de palais, d’éducation culinaire et de rapport à la bouffe, il y aura toujours plus d’un océan entre le Canada et la France. Allez, la pique est gratuite et ne généralisons pas, observons simplement le caddie moyen d’un canadien pour s’en convaincre. Houston, t’es vexé? Ouais, un peu, mais passons, il en restera plus pour moi. Et puis pour être tout à fait exact, il y a aussi eu des mines réjouies avec de simples produits comme une gâche vendéenne un peu écrasée nappée de beurre de cacahuète… le meilleur des deux mondes.

Entre expatriés c’est l’occasion de se refaire un tour de France. Un apéro avec un peu de foie gras, quelques tranches de saucisson montagnard ou des tartines de tapenade. D’ailleurs, une grosse bise aux normands de Montréal et à leur Calva, parce que ce genre de chose compte également.

Un business florissant.

Beaucoup d’entreprises ont senti le coup et se sont lancées dans l’idée de commercialiser des boîtes, on me souffle qu’il faut dire box paraît-il, remplies de produits bien de chez nous à destination des français, en premier lieu desquelles des madeleines, de Proust hein, c’est bien connu. Vous pouvez chercher, il y en a pléthore qui pullulent sur le net, c’est facile à retrouver. Alors évidemment, leur contenu n’a pas du tout la même saveur qu’un colis envoyé par ses proches, mais il n’empêche que ça peut faire extrêmement plaisir, à plus forte raison si les produits qu’on reçoit sont plus traditionnels ou simplement plus difficile à se procurer où que l’on soit sur cette terre. Au Canada, c’est surtout la notion de prix qui peut entrer en compte puisqu’on retrouve à peu près tout pourvu qu’on se donne la peine de chercher un peu. Parce que bon, faut pas croire, le Ceta c’est quand même bien n’importe quoi, il y a un tel protectionnisme au pays de la feuille d’érable qu’on voit très mal tous les produits français et européens inonder les rayons des épiceries canadiennes (et c’est dommage). Il va falloir s’armer de patience…

Crédits photo: ennelise.

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Un commentaire

  1. Eliane

    5 mai 2018 at 13:54

    C’est TELLEMENT vrai ça!! Et c’est tellement bon de le recevoir ce colis 🙂

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