Sea Walls pour faire la lumière sur Churchill.

Encounters at the End of the World

Churchill est une petite ville subarctique canadienne bordant la baie d’Hudson au Manitoba, connue pour être la capitale mondiale des ours polaires. Chaque hiver en effet, des centaines de cet animal se rassemblent en attendant que se forme la glace, dont les contours s’amenuisent trop vite aujourd’hui, réduisant de fait leur espace de prédilection pour chasser le phoque, entre autre. Le réchauffement climatique n’est sous ces latitudes peut-être plus qu’ailleurs certainement pas une vue de l’esprit, et se vit de manière quotidienne. Les ours restant à terre plus longtemps qu’à leur tour, malgré le jeûne d’un été parfois, et même trop souvent, pas assez court.

C’est dans ce contexte, motivé également par la fermeture du port de la ville et la perte d’emplois liés à celle-ci, que la fondation PangeaSeed, en partenariat avec Kal Barteski, a présenté Sea Walls Churchill, une initiative visant à sensibiliser et à créer un dialogue pour explorer des solutions créatives autour des problèmes environnementaux de la région notamment.

« Les ours polaires sont directement touchés par la fonte sans précédent de la glace de mer et la destruction de l’habitat qui en résulte à un rythme alarmant, ce qui représente un défi de taille pour l’espèce, » a déclaré l’artiste de Winnipeg Kal Barteski, fondatrice de Polar Bear Fund et à l’initiative du projet. « Ce que beaucoup de gens ne réalisent pas, c’est que les ours polaires passent la majorité de leur vie sur la glace de mer et pour cette raison, ils sont considérés comme un mammifère marin. C’est pourquoi notre collaboration avec Sea Walls est si importante. Nous voulons éveiller les consciences grâce au pouvoir de l’art. »

Et Tre’ Packard, fondateur de PangeaSeed, d’ajouter, « L’art public et l’activisme peuvent éduquer et inspirer la communauté mondiale pour aider à sauver nos mers. Quel que soit votre emplacement – grande ville métropolitaine ou petit village balnéaire comme Churchill – l’océan nous fournit chaque seconde respiration que nous prenons et la vie sur Terre ne peut exister sans des océans sains. »

Les mots sont lâchés, l’art pour mettre en lumière les effets désastreux du changement climatique, voilà comment Sea Walls Churchill a vu le jour. Plusieurs artistes ont apportés leur concours à ce projet, 16 exactement, venant du monde entier (7 du Canada, 2 des États-Unis et 1 du Brésil, de la Nouvelle-Zélande, d’Allemagne, du Royaume-Uni, d’Espagne, d’Australie et du Japon), pour réaliser 18 murales magnifiques (dont vous pouvez admirer une bonne partie).

SeaWalls Churchill a été créé dans le but d’éduquer et d’inspirer une communauté pour protéger les océans, mais ce qui s’est passé était plus puissant que cela. C’était l’histoire d’une petite ville dévastée au bord de l’Arctique, rappelant leur propre valeur et la dignité dans ce monde.

Car tout n’a pas été si facile à organiser en raison des conditions météorologiques extrêmes et des inondations, où la ville devenue une enclave après le redoux du printemps, a vu sa population plus ou moins isolée et délaissée. La fermeture de la voie de chemin de fer a eu un impact important sur les habitants*. D’ailleurs les artistes ont dû se débrouiller pour se rendre dans la localité. Sans route, avec un port presque sans bateaux, seuls quelques vols ont pu les amener sans pouvoir prendre avec eux autant de fournitures qu’il était prévu. Mais il en fallait plus pour que l’entreprise périclite et tout le monde a œuvré à la tenue de Sea Walls, à commencé par les résidents eux-mêmes.

sea walls churchill

Know I’m Here

« Quand j’ai commencé à planifier le festival, aucune fermeture de rail ne m’est venue à l’esprit. Mais c’est arrivé. Tout s’est effondré – acheter de la nourriture et se ravitailler est devenu un gros problème et une lutte quotidienne pour la ville. C’est toujours le cas. Nous avons presque annulé le festival, mais nous avons décidé de nous présenter et de faire ce que nous pouvions avec ce que nous pouvions trouver et emprunter. En tant qu’artistes, nous ne pouvons pas résoudre les problèmes de voies ferrées ou de problèmes politiques – mais nous pouvons faire de l’art, et qu’est-ce que l’art si ce n’est pas de l’espoir?  » dit Barteski, qu’une équipe a suivi pour la réalisation d’un documentaire, Know I’m Here, alors qu’elle organisait ce vaste projet artistique.

« Même au milieu d’une crise où (les habitants) se sentaient piégés, ils nous ont permis d’entrer et de raconter leur histoire, » explique le réalisateur Elbert Bakker.

« Nous avons sauté dans cette histoire en cherchant à suivre Kal, avec l’énergie et l’optimisme qu’elle apporte à tout ce qu’elle touche. Mais, tout au long de son parcours, nous avons pu constater la détermination et la force de beaucoup d’autres: à la fois les habitants de la ville qui cherchaient des solutions et les artistes internationaux qui ont entrepris ce projet avec beaucoup de détermination. »

Sea Walls a eu lieu du 16 au 26 juin 2017.


*La société américaine propriétaire du rail en désaccord avec le gouvernement canadien n’a aucun plan de reconstruction. La communauté éloignée devient piégée et plus isolée que jamais. Alors que les citadins font face au stress et recherchent des solutions, Kal et les artistes travaillent pour créer et faire ce que fait tout grand art: offrir une reconnaissance et refléter un moment particulier dans le temps. Ces grandes murales transfigurent le paysage et apportent espoir et reconnaissance à une communauté se sentant oubliée. Elle met aussi l’accent sur les effets dramatiques du réchauffement climatique.

Infos supplémentaires: handcrafcreative.

Voir le documentaire: CBC Docs POV. Attention, le documentaire n’est visible que depuis le Canada. Utilise donc un VPN pour le voir si tu te trouves ailleurs dans le monde.

Un coup d’œil sur chaque artiste.

Ça vaut très franchement le coup de les suivre, de s’intéresser à ce qu’ils ont fait, et à ce qu’ils font d’autre, leurs projets, leur travail. En tout cas, nous, on vous encourage vivement à ne pas mettre de barrière à votre curiosité. Vous verrez, vous passerez un bon moment auprès d’eux. Entre parenthèses leur murale à Churchill.

Arlin (Power of Nature) Askew One (Human Nature) Case Maclaim (The Rope) – Charles Johnston (We Swim in the Same Waters) – Cracked Ink (Impact) – Dulk (The Last Winter) – Fred Thomas – Georgia Hill (Know I’m Here) – Jason Botkin (Mile5) – Kai Kaulukukui (Impact) – Kal Barteski (Peace + Circumstance) – Kelsey Eliasson (Encounters at the End of the World) – Li Hill (Untitled et On the Brink) – Mandy VanLeeuwen (Footprint) – Pat Lazo (Hopeful Waiting) – Pat Perry (A Small Northern Town and our Common Crisis Emergency Transmission) Stormy Angeconeb (The Final Destination) – Takashi Iwasaki (Pump).

Pour en connaître davantage sur chaque œuvres, on vous recommande chaudement la lecture de pdf: Sea Walls de senorthtour. C’est en anglais, mais ça ne doit pas vous rebuter et au pire, un coup de Google Translate…

Sources et liens utiles: Sea Walls, PangeaSeed Foundation.

Crédits photo: (1) Kristin; (2) cbc.

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2 Commentaires

  1. Avatar

    Sophia

    7 mars 2020 at 16:46

    Très cool, géniale initiative! J’imagine la galère pour se rendre là-bas au moment du festival. Les murales sont très belles j’ai vu la galerie 😉

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    • Avatar

      Houston MacDougal

      8 mars 2020 at 03:12

      Les artistes sont incroyables! 😉

      Répondre

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