La ruée vers l’or du Klondike.

orpailleur yukon

Depuis quelques mois, il n’est question que du Klondike. Ce mot magique, inconnu il y a deux ans, enfièvre les trois quarts des Américains. Ce ne sont que gens en route vers le Klondike, déclare le New-York Herald. Jamais, depuis le milieu du siècle où furent trouvés les placers de la Californie, pareille fièvre de l’or n’avait secoué le Nouveau-Monde. Des montagnes Rocheuses au Saint-Laurent, on ne s’aborde plus en disant :”Comment allez-vous?” mais: “Quand partez-vous?”

Et “Tous se précipitent au-devant de la nuit polaire…”

Une histoire incroyable débute.

De Rabbit Creek à Bonanza Creek, la découverte de l’or.

À la mi-août 1896, un prospecteur américain du nom de George Carmack, sa femme Kate (Shaaw Tláa), le frère de cette dernière, Skookum Jim (Keish), et leur neveu Dawson Charlie (Káa Goox), membres de la Première Nation Tagish, traversaient la région au sud de la rivière Klondike. Dans une version romancée, alors qu’ils se reposaient le long d’un petit ruisseau que les mineurs appelaient le ruisseau Rabbit, l’un d’eux remarqua quelque chose de métallique qui scintillait dans l’eau. Le numéro atomique 79, Au, de l’or, et le lapin se transforme en pactole. Bonanza Creek est née, le paysage alentour va dès lors radicalement changer.

Alors évidemment, même si nous ne saurons jamais avec exactitude (les sources divergent) la façon dont la découverte s’est effectivement produite, on peut en revanche affirmer que la nouvelle s’est répandue comme une trainée de poudre. Une trainée de poudre qui, si elle a majoritairement atteint les Américains, s’est diffusée jusque sur le Vieux Continent.

gold rush klondike

La fièvre et la ruée vers le Klondike.

Lorsqu’on apprend la découverte dans le reste du monde, en juillet 1897, la nouvelle provoque une ruée sans précédent, des dizaines et des dizaines de milliers de chercheurs d’or mettent le cap sur le Klondike. Et le périple est long, dangereux, harassant pour qui rêve de pépites, de paillettes et d’or fin.

gold rushLa majorité de ces aventuriers arrivent par bateau depuis Seattle ou San Francisco (trop petit? Cliquez sur l’image). Ils passent soit:

  • par l’Alaska et la mer de Béring en remontant l’embouchure du fleuve Yukon jusqu’à Dawson City nouvellement créé (1897), et qui n’était alors qu’un simple camp de pêcheur (dépassant 30.000 habitants au plus fort de la frénésie). On l’appelle la route des riches: c’est la plus confortable, et celle qui demande le moins d’effort.
  • par Skagway et Dyea. Ceux-là verront et emprunteront les fameuses pistes White Pass (et la Dead Horse trail: 3.000 chevaux y périrent) ou Chilkoot Pass plus à l’ouest (mais plus escarpée) serpentant dans une nature hostile et sauvage.

Enfin, d’autres traversent l’Alberta pour se rendre dans cette région qu’on n’appellera Yukon qu’à partir de juin 1898.

Pour vous donner un ordre d’idée, les prospecteurs débarqués à Skagway devaient rejoindre le fleuve Yukon à 65 km de là, et descendre son cours sur près de 1.000 km jusqu’à Dawson. Plus qu’un périple, un véritable défi. Le gouvernement Canadien avait imposé le transport, pour chaque prospecteur, d’une année de vivres (pour éviter la famine) correspondant à 520 kg de nourriture, auxquels s’ajoutent leurs outils et tout leur matériel pour l’orpaillage, soit une tonne à transporter, à dos d’homme bien souvent, le terrain étant difficilement praticable pour les animaux de trait.

Tout ce beau monde se rendait alors jusqu’aux lacs Bennett, Tagish ou Lindeman pour acheter ou construite l’embarcation qui leur permettrait de rejoindre les gisements aurifères du Klondike, par le fleuve où la navigation n’était pas sans danger. Beaucoup d’hommes d’ailleurs périrent avant d’avoir pu trouver la moindre pépite. Des milliers de bateaux furent construits pour autant de forêt détruite.

dawson city

La ruée vers l’or en quelques chiffres.

On se le fait à la volée, tout est décousu, c’est ça qu’est bon.

Il fallait presque 1 an pour rejoindre Dawson avec tout son barda. Des dizaines de villes champignons poussèrent, puis moururent. Entre 100.000 et 120.000 prospecteurs tentèrent l’aventure, seulement moins de 40.000 d’entre eux y sont arrivés. Sur ceux-là, la moitié devinrent effectivement prospecteurs, et 4.000 lauréats auraient trouvé de l’or. Suffisant pour devenir riche? Pas du tout, quelques centaines firent fortune, les autres n’eurent que leurs yeux pour pleurer et se ruèrent vers Nome en Alaska, précipitant la fin de la ruée vers l’or du Klondike, qui n’aura duré que de 1896 à 1899.

“Si l’on divisait de façon égale les près de 29 millions de dollars en or (chiffre non corrigé) extrait pendant les années enivrantes de 1897 à 1899 parmi tous ceux qui ont participé à la ruée vers l’or, le montant n’atteindrait pas le total de ce qui avait été investi, en matière de temps et d’argent, pour arriver dans le Klondike.”

klondike

Le point culture et merchandising.

La culture s’est évidemment emparée de la ruée vers l’or en général, et de celle du Klondike en particulier. En rédigeant cet article, je me suis rendu compte que cette Histoire était déjà en moi, depuis bien longtemps, et que tout ne m’était pas inconnu, même si beaucoup de choses étaient fantasmées ou fictionnelles. Mais si riches, malgré tout. Sans m’en rendre compte, j’avais moi aussi participé à la ruée vers l’or, et je n’étais qu’un enfant.

Enregistré sur une vieille VHS, gamin j’ai regardé ce film une bonne dizaine de fois. La semelle de godasse, Charlot se changeant en poulet, la danse des petits pains et bien d’autres scènes encore sont gravées à jamais.

J’ai éveillé mon imagination sur les albums d’Astérix et Obélix, Achille Talon, Gaston Lagaffe et bien évidemment Lucky Luke en tête. Il y a pire comme apprentissage. Et je dois bien, ici au moins, remercier mes parents de m’avoir laissé saloper le 9ème art à feuilleter tous ces trésors avec mes petits doigts d’enfant bien crades. Dire que je ne savais pas encore lire. Mais pour celui-là, sorti en 1996, si (il fait suite à l’album Le Pied-Tendre). Oui, Lucky Luke, parce que c’est aussi grâce au plus célèbre cow-boy que j’ai découvert le Canada, et la rusée vers l’or.

J’ai découvert Jack London avec l’adaptation cinématographique de Croc Blanc par Disney, lors d’une sortie scolaire, en primaire. Ça m’a donné envie. De revoir le film, une bonne dizaine de fois aussi (toujours en VHS), mais davantage encore. C’est comme ça que l’appel de la forêt a été l’une de mes premières véritables lectures. Une aventure qui invite à se plonger dans d’autres récits, dans tous les livres. Et depuis, j’en ai lu un certain nombre…

Plus récemment, on peut citer la mini-série Klondike qui vaut le coup d’œil.

Et comme c’est ancré dans la culture et l’Histoire du Yukon, on retrouve même le symbole de cette période avec un orpailleur sur les plaques d’immatriculation des voitures du Territoire, une autoroute qui suit le chemin emprunté par ceux qui, poussés par la fièvre de l’or, prirent la route du nord, et aujourd’hui la Klondike Highway.

gold rush

Mise en garde: On n’a volontairement pas voulu se montrer exhaustif. C’est une présentation, dans les grandes lignes, d’un phénomène dont on a entendu retranscrire la réalité historique, le plus fidèlement possible. Ça a d’ailleurs été toute la difficulté du traitement du sujet, qui est tellement dense, que la tentation a été forte d’entrer dans le détail puisqu’à un certain niveau d’étude, tout semble important, et probablement que ça l’est, en définitive. Quoiqu’il arrive, pour approfondir le sujet, on vous invite à suivre les sources ainsi que les ouvrages et études faites spécialement sur le sujet. Vous verrez, c’est passionnant.

Sources principales: Archives du Yukon, L’Encyclopédie Canadienne, Amfreville in “La folie de l’or, Archives du Yukon (dossier avec de nombreuses images d’archives et des sources en bas de page qu’on peut s’amuser à fouiller), Rossignol in “Au Kondike, et enfin Pierre Berton in ‘The Klondike Fever: The Life and Death of the Last Great Gold Rush”.

Crédits photo: (1) Hulton Archive; (2) Hegg; (3) National Park Service; (4) Library and Archives Canada; (5,6) George and Edna Rapuzzi Collection.

Oh et puis, pour finir, je n’y résiste pas, voilà un exemple de ce qu’on pouvait lire à l’époque:

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2 Commentaires

  1. Avatar

    Pierrot

    4 novembre 2020 at 13:31

    Super intéressant, c’est stylé!

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    • Avatar

      Houston MacDougal

      4 novembre 2020 at 16:59

      Heureux que ça plaise!! 😉

      Répondre

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