Camp X, à l’école des espions.

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Depuis l’été 40, la Grande-Bretagne et le Commonwealth demeurent seuls face au péril nazi. Les États-Unis ne sont pas encore entrés en guerre, et la Wehrmacht a envahi une grande partie des pays Européens. La Bataille d’Angleterre qui a fait rage pendant près d’un an, a laissé le pays exsangue ou presque d’agents prêts à intervenir sur le théâtre des opérations, sur le continent, notamment parmi les poches de résistance ou auprès du maquis. Voyant l’Albion au bord de la défaite, Sir Winston Churchill, alors premier ministre de Grande-Bretagne, somme Sir William Stephenson, directeur de la British Security Coordination (BSC), d’établir un endroit au Canada où former des espions, puisque c’est là d’où il vient.

Un emplacement stratégique.

Installé sur 115 hectares de terrain à l’est de Toronto, sur le bord du lac Ontario entre Oshawa et Whitby, on connaît aujourd’hui cet endroit sous le nom d’Intrepid Park. Ce n’est pas un hasard si c’est ce lieu et pas un autre qui fut choisi pour construire le complexe: il est isolé (à l’époque), donc discret, ce qui permet de mener des opérations clandestines non loin de la Ville Reine et à quelques flots du sol américain. En effet, il est parfait « pour relayer les signaux radio provenant d’Europe et d’Amérique du Sud, ainsi que pour capter ceux transmis entre Londres et les quartiers généraux de la BSC à New York. Il se trouvait à 8 km de DIL (Defense Industries Limited), à ce moment-là le plus important complexe militaro-industriel d’Amérique du Nord. Il se trouvait près de la voie principale du chemin de fer Canadien Pacifique, et des installations de General Motors. L’aéroport d’Oshawa était une école de pilotage de l’ARC pour le Commonwealth et se trouvait à une courte distance du Camp X. » Il y avait donc une convergence d’éléments faisant de cet endroit le lieu idoine, et ce malgré la présence non loin de Camp 30, à Bowmanville, où étaient détenus prisonniers des officiers allemands.

En outre, les nouveaux agents étaient recrutés sur place, au Canada, parmi les populations immigrées notamment (c’est une lapalissade) de slaves, italiens, chinois, etc (des canadiens-français également, qui ont œuvré au sein de la Résistance, comme on peut s’en douter). D’un point de vue pratique l’avantage est immense. La formation s’effectuant sur place, on a plus qu’à faire venir les instructeurs, plutôt que de déployer toute une logistique et rapatrier au Royaume-Uni de potentiels agents des quatre coins du monde, et dont on n’a pas l’assurance qu’il vont faire l’affaire.

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École d’instruction spéciale numéro 103, ou comment former des espions.

Le camp X ouvre officiellement ses portes le 6 décembre 1941, la veille de l’attaque japonaise sur Pearl Harbor, et accueille déjà des recrues américaines. L’entrainement s’y fait sans relâche, jour et nuit, avec autant de rigueur que d’intensité. Les futurs agents apprennent toute la panoplie qui fera d’eux de bons espions: les techniques de sabotage, de subversion, la collecte de renseignements, le crochetage de serrures, le maniement d’explosifs et d’autres armes, les communications radio, l’encodage et le décodage, les sauts en parachute, le déguisement, l’assassinat en toute discrétion et le combat à mains nues, etc. Certaines formations sont dispensées par des cadors de la discipline à de futurs agents triés sur le volet, on pense en matière de renseignement notamment, un domaine particulièrement sensible.

D’ailleurs, pour communiquer le système Hydra avait été mis en place à l’intérieur du camp. Cet émetteur à haute vitesse permettait d’envoyer et transmettre des communications radio et télégraphiques à ce moment-là de façon la plus efficace et sécuritaire au monde, à tel point que les Forces armées canadiennes l’ont utilisé jusqu’en 1969.

Finalement, ce sont entre 500 et 2.000 agents qui ont reçu une formation dans le Camp X de 1941 à sa fermeture en 1944.

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Parce qu’il n’y a pas de hasard, Ian Fleming, célèbre romancier britannique, puisa peut-être dans son expérience au Camp X en 1942 toute l’inspiration nécessaire à la création du plus célèbre agent secret, James Bond (source).

Sources et pour aller plus loin: Site officiel, L’Encyclopédie Canadienne.

Crédits photo: (1,2,3) Archives.

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