Tromperie sur les billets d’avion: un prix fonction de votre carte bancaire.

carte bleue

On savait déjà que les voyagistes n’étaient pas toujours très chauds pour rembourser les taxes d’aéroport lorsque vous ne montiez pas dans votre avion, ou qu’ils appliquaient des frais exorbitant dès lors que vous aviez dans l’idée de changer votre billet pour x raisons, mais on ne s’attendait pas à cette pratique de plus en plus répandue… qui mériterait un bon coup de tatane entre les deux oreilles. Bon, on est colère mais on va tâcher de se calmer. C’était déjà compliqué de trouver un billet d’avion pas cher, mais lorsque les prix affichés sont en réalité des prix d’appels auxquels vous ne pourrez jamais prétendre, on se dit qu’il serait temps de se faire un peu respecter. Dans notre viseur des mastodontes qui ont bien changé: Opodo, GoVoyage, eDreams, Travellink qui sont frères et sœurs, mais aussi Lastminute ou Promovacances pour ne citer qu’eux, mais la liste n’est pas exhaustive. Leur tare? Se foutre du consommateur, se foutre de vous.

Des cartes bancaires logées à différentes enseignes.

Au départ, on s’imagine grosso modo qu’à peu près toutes les cartes bancaires se valent, en ce sens où elles permettent de payer. Ce qui pourrait créer une différenciation résiderait alors selon le réseau de cartes acceptées par le commerçant, on pense à Visa ou à MasterCard pour les plus gros du marché, en ne se doutant pas une seule seconde que dans l’industrie du e-commerce on puisse être directement impacté par notre moyen de paiement. En réalité, si. Que ton commerce de proximité ne prenne pas l’American Express, on connaît c’est classique. Or ici, il ne s’agit pas de refuser tel ou tel moyen de paiement, non non non, mais plutôt d’opérer une différenciation pécuniaire (on balance les gros mots) entre le porteur de telle ou telle carte, ou réseau de cartes. On vous embrouille?

C’est leur but, et ça se passe comme suit: certains sites de réservation en ligne, on en a vu quelques-uns, augmentent les prix des billets d’avion en fonction de la carte de paiement que vous allez utiliser. Le changement de tarif se fait en fin de processus d’achat, alors que vous étiez tout heureux d’avoir trouvé un Lyon – Montréal à 250 balles. Le voir finalement à 321 au moment de cliquer sur « accepter » non madame, ça n’est pas ce qui était affiché!

La différence peut être impressionnante et à +70€ on s’en est bien sorti (on l’a pas pris, on s’est mis en mode simulation avec la Visa qu’on a tous). La situation n’est pas nouvelle, plusieurs canards se sont penchés sur la question. Le Parisien notamment a même pu relever que les clients réglant par carte American Express sont nettement pénalisés par rapport à ceux utilisant une carte Visa chez les voyagistes d’en haut. Des prix d’appel en veux-tu en voilà pour des cartes que personne n’a, ou presque, ou que personne ne connaît (Viabuy MasterCard ou Visa Entropay). Mais le pire est que ces frais déguisés peuvent se répercuter sur chaque billet en dépit d’un unique règlement. Nous prendraient-ils pour des vaches à lait? Attention c’est une question fermée.

Jouer sur les mots… Et mon cul c’est du poulet?

Les voyagistes se retranchent derrière leurs partenariats émetteurs de carte de paiement. Ils ont des accords, ils font du business. Ce ne sont donc pas des frais supplémentaires pour ceux qui utilisent les cartes des odieux concurrents, mais plutôt des réductions pour les utilisateurs de cartes partenaires. Tu la vois la nuance? Mais alors pourquoi ne pas afficher clairement les prix, ceux que tu es censé payer? Mais ça n’est pas vendeur voyons, et elle est là la tromperie (pratique trompeuse en tout cas, voir infra) puisque le prix définitif devrait être affiché dès le premier résultat de recherche. On va y revenir. Comme selon l’article L.112-12 du Code monétaire et financier, les frais liés aux moyens de paiement sont interdits, ce ne sont donc pas des frais supplémentaires qu’on applique, mais des réductions qu’on n’applique pas. En fait, les frais de carte existent bel et bien, on les présente juste différemment.

Et la carotte, elle est comment? Bonne?

Illégalité mon amour.

Ristournes, réductions, gratuité des frais de dossier, c’est en somme un véritable système opaque que les associations de consommateurs dénoncent depuis quelque temps déjà. Nicolas Godefroy, responsable juridique de UFC-Que choisir, rappelle qu’« Il peut y avoir un délit pénal de pratique commerciale déloyale dès lors qu’il n’y a pas une transparence suffisante vis-à-vis du consommateur ». Comme on l’a vu avec l’article précité, le bénéficiaire ne peut appliquer de frais pour l’utilisation d’un instrument de paiement donné, et le prix définitif affiché (la Cour de Justice de l’UE rappelle bien ce cadre-là depuis 2015). Certains voyagistes ne le respectent pas, mais ça n’est pas tout, selon l’article L.121-1 du Code de la consommation, une pratique commerciale est trompeuse« lorsqu’elle repose sur des allégations, indications ou présentations fausses ou de nature à induire en erreur et portant sur l’un ou plusieurs des éléments suivants : le prix ou le mode de calcul du prix ».

Le bon réflexe à avoir: une petite comparaison sur le site du transporteur, histoire de voir si la différence de votre billet d’avion n’est pas trop importante; vérifier et faire des simulations avec plusieurs opérateurs en rafraîchissant ses cookies et en achetant sur une autre connexion. Sinon, pas de solution miracle, en espérant que quelques condamnations pleuvent un peu quand même…

Crédits photo: moheet.

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2 Commentaires

  1. Garosh

    2 juin 2017 at 08:03

    J’avais remarqué cette pratique que je trouvais très douteuse. Dommage que les pouvoirs publics ne prennent pas le problème à bras le corps…

    Répondre

    • Houston MacDougal

      2 juin 2017 at 12:37

      ça viendra peut-être, surement même, restons optimistes!

      Répondre

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