Les tam-tams du Mont Royal.

tam tam

Aux pieds du Parc Mont-Royal et de la statue du troisième Cartier célèbre*, les tam-tams. Un rendez-vous devenu incontournable à Montréal. Chaque dimanche de mai à septembre, une foule disparate vient se mouvoir sur le rythme saccadé des percussions. Quelques fausses notes, et alors? Il suffit de se laisser porter. Et si vous ne savez pas danser, qu’importe, votre voisin non plus. Tout le monde peut jouer, apporter son djembé et raccrocher la cadence. Ce rassemblement spontané est une institution désormais, mais puisqu’il appartient à tout le monde il a comme des airs de franche liberté. On aime, vraiment. Il n’est pas rare d’y voir quelques équipes de tournage et d’autres instruments prendre part au concert. L’uniforme est visible aussi, il guette derrière ses verres teintés mais ne fait que se rendre visible. Il paraît que ça rassure. Nous, ça ne nous gêne pas plus que ça puisqu’il se tient à l’écart, et on l’oublie vite. D’ailleurs, de midi jusqu’au coucher du soleil, il n’y a que des gens qui se la coulent douce. Aucun débordement en vue.

Tout autour du monument, le micro-business artisanal de 54 espaces dédiés à la culture tam-tams prend place. Mode, assis en tailleur. Très réglementées depuis que la municipalité l’a prise en main, les affaires se sont invitées par extension dans le quartier chaque dimanche. Stands de bouffe version camionnette, et rafraîchissements animent l’avenue du Parc entre Mont-Royal et Duluth. Si vous êtes un artisan plein d’imagination et que, vous aussi, souhaitez vendre vos « petits objets« , vous n’avez qu’à suivre le guide, toute la procédure y est détaillée. Nous, on ne sait pas ce qu’est « la culture tam-tams » et à vrai dire, nous ne sommes pas les seuls. Mais ce qu’il y a de bien, c’est que tout le monde s’en fout.

tam tams

Sur une vaste étendue colorée, ce sont des centaines de personnes qui prennent le temps. Des jeunes, des vieux, des entre-deux et des qu’on a du mal à se représenter à l’état naturel. La ville cosmopolite qu’on nous vendait s’exprime enfin puisqu’elle s’est réunie, toute la faune montréalaise est présente. La flore aussi. On trinque, on fait tourner les joints, on casse la croûte à la bonne franquette dans une ambiance à la fois festive et paisible. Certains s’essayent au jonglage, d’autres font la sieste ou apprennent à jouer de la gratte. D’autres encore exhibent leur corps musculeux de créatine devant quelques minettes qui minaudent. Les chairs rougissent d’une lumière cancéreuse comme une pommette trop cuite sous les spiritueux, c’est l’insouciance et on en redemande. Avec modération? On espère que non. L’espace est large et tout le monde a sa place, c’est donc une activité dominicale que l’on pratique aussi en famille. Les gens vont, viennent, se retrouvent et se rencontrent. Ça et là, les forçats du recyclage s’avancent glaner quelques cannettes et déambulent entre les groupes. Ils ne récupèreront la consigne que bien plus tard, lorsque les tam-tams se seront tus.

tamtams montreal

On retrouve un peu plus haut un lieu insolite où l’on vient guerroyer en tee-shirt/basket. La grande classe. Dans un joyeux bordel souvent, damoiseaux se pourfendent pour rendre grâce aux yeux des jouvencelles qui, quant à elles, ne sont déjà plus forcément là. Les pauvres. On se convainc comme on peut d’avoir les pieds au Moyen-Âge et, armé d’une hallebarde en mousse on fonce dans le tas. La damoiselle (probablement égarée) grimace! Elle s’ébaudit la bougresse tandis que des enfants braillent, c’est la dure loi des champs de bataille. Faites attention, on occit dans la poussière avec tendresse, de 7 à 77 ans. D’autres s’adonnent aux jeux de rôle avec plus de sérieux, le style chevalier mais pas nécessairement chevaleresque. Au bout du compte, des gens font semblant de se mettre sur la gueule, et mourir. « Ouais, mais c’est fun », on taillade sourire aux lèvres sous le rythme lointain des tam-tams.

* Après l’explorateur et le joailler: George-Etienne Cartier, un des Pères de la Confédération canadienne.

Crédits photo: Abdou.W, Genséric Morel.

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4 Commentaires

  1. Jules

    31 mai 2014 at 11:02

    Très fidèle à ce que j’ai vu. De beaux souvenirs et de bons moments à danser sur le rythme des tam-tams!

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  2. Bernard

    7 décembre 2014 at 07:24

    Va au Mont Royal mec, écoute les tam-tams, imprègne toi de cette ambiance si particulière et laisse toi vibrer. Relis ensuite ce billet de Houston et là tu découvriras ce que tu avais du mal à dire avec tes mots.

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  3. Flo

    8 mai 2015 at 15:18

    C’est tellement Montréal, c’est tellement représentatif de ce que j’aime dans cette ville. Des jeunes des vieux, pas de barrières et surtout pas de classes sociale. Vive les tam-tams 🙂

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  4. Geneviève

    12 février 2017 at 13:17

    À chaque retour des beaux jours j’attends avec impatience le retour des tam-tams 😉

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