Ogopogo: le Nessie canadien.

naitaka

C’est dans le Lac Okanagan en Colombie-Britannique, que vivrait le plus célèbre des monstres lacustres canadiens: l’Ogopogo. Celui que l’on compare à la fameuse créature du Loch Ness, semble cependant avoir une histoire bien antérieure à son homologue des Highlands. Connu comme le Nessie d’Amérique du Nord, l’Ogopogo n’est pourtant pas un mythe introduit dans les contrées du lac, et au fil du temps, il est devenu une attraction touristique dans la région, comme à Kelowna où on alimente cette légende avec diverses représentations.

Origine et légende.

Son nom déjà, et forcément ce palindrome interpelle. D’où sort cette étrangeté d’Ogopogo? D’une chanson humoristique anglaise de 1924 en fait, d’après Cumberland Clark. Deux ans plus tard, le 23 août, le chanteur Brimblecombe décide d’en interpréter la parodie écrite par H.F Beattie, un gars de Vernon au nord du lac, qui reprenait les éléments du folklore local, dont le monstre évidemment. Gros buzz à l’époque, et c’est ainsi qu’on baptisa la créature.

Toutefois, l’animal mystérieux faisait déjà partie des légendes de la région. C’est ainsi que les amérindiens l’avaient nommé Naitaka (en salish: N’ha-a-itk), le démon du lac, en référence à un serpent géant tourmentant les profondeurs d’Okanagan. Pour naviguer en toute quiétude, ils avaient pris l’habitude de sacrifier de petits animaux dans l’îlot de Rattlesnake, sous peine de voir les vagues envoyer leur frêle esquif par le fond: Naitaka, furieux, frappant les eaux de sa queue pour faire chavirer les équipages. Il est à noter que nombre de pétroglyphes, représentant la créature, parsemaient le territoire avant même l’arrivée des premiers colons.

Une créature monstrueuse.

Polymorphe, l’Ogopogo s’adapte selon vos envies, votre humeur, vos peurs, ou votre degré d’alcool. Ainsi, vous le verrez de plus ou moins 20 mètres de long, avec des oreilles, plus ou moins présentes, et une barbe, plus ou moins hirsute comme sa crinière. La pigmentation de sa peau reste sombre, mais oscille sur toute la palette des couleurs froides. On parle de bosses sur son dos, ou d’excroissances sur le dessus du corps dépourvu d’écailles, sauf les jours où il y en a. Son long cou filiforme supporte une tête de bélier, ou de chèvre, ou de cheval bref, de mammifère qui aime à paître et à brouter. Parfois, sa tête a l’apparence de celle d’un reptile. D’allure globalement serpentine, l’animal serait toutefois pourvu d’une nageoire caudale, fourchue, et se terminerait ainsi. L’Ogopogo se nourrirait de poisson, de crevettes, et parfois d’humains.

Une multitude de témoignages.

Depuis l’arrivée des colons européens dans la région au XIXème siècle, plusieurs centaines de témoignages foisonnent sur l’existence d’Ogopogo. Morceaux choisis pour un léger florilège:

Tout ou presque débute un jour de 1872 où Susan Allison croit voir Naitaka, de 15 mètres de long, déchainer le tumulte des vagues d’Okanagan en pleine tempête, alors qu’elle attend son mari, marin, marmottant quel sacrilège à sortir par pareil temps. Il se déplace comme un serpent nous dit-elle, sans préciser pour autant s’il s’agissait de l’animal ou de l’époux.

Alors que la veille, en France, Aristide Briand, qui n’a pas encore reçu le Prix Nobel de la Paix, voit la chute de son gouvernement et doit démissionner, c’est bien le 18 juillet 1926 qu’Ogopogo s’invite aux réjouissances d’un baptême au bord du lac. La soixantaine de personnes présentent l’affirment: oui, ils l’ont bien vu, et non, ils n’étaient pas beurrés, tout juste euphoriques, même qu’il avait une tête de bélier. Si ça, c’est pas du solide.

1968 ensuite, Arthur Folden filme ce qui s’apparente à une créature nager à plusieurs dizaines de mètres de la côte. Conservée probablement dans un grenier, la pellicule 8mm dévoile une masse sombre au milieu de l’eau, dans un univers grisé de neige et de poussières. L’apprenti réalisateur allant jusqu’au mimétisme et les effets du cahot du ressac, le film montre ce que l’on veut bien y voir, mais surtout la prise ratée d’un bout de machin dans un lac. Pardon, d’Ogopogo, c’est lui qui le dit.

On avance, 1976 maintenant, Ed Fletcher sort son appareil et mitraille. De cette salve effrénée, 5 clichés nous renvoient dans les méandres de la partie droite de notre cerveau. Là, se trouvent les images du monstre. Pour ceux qui ont pris à gauche, c’est loupé, faut dire aussi qu’il était loin pour la prise de vue.

Plusieurs « captures » ont été réalisées dans les années 80, en photo ou en vidéo. Des preuves tangibles à l’image d’une époque où le bon goût était la valeur étalon en matière de mode. Immunité donc pour cette décennie, pas de blague, tout est vrai et s’est réellement passé.

En 1992, soucieux de faire une énième facétie en profitant du succès d’Ogopogo, des castors s’incrustent sur le film de Paul DeMara qui croyait prendre un authentique spécimen du monstre. Regardez, la surface de l’eau bouge, il y a même une forme qui sort de l’eau! Les castors n’ont depuis ni confirmé, ni infirmé, alors dans le doute…

Interprétations et explications.

Les plus sarcastiques diront qu’avec le mythe d’Ogopogo, certains n’ont pas attendu la légalisation du cannabis au Canada pour se mettre bien.

D’autres au contraire, soutiennent qu’il s’agit là d’une créature préhistorique, un genre de plésiosaure, qui aurait survécu des millions d’années après la disparition des dinosaures. On entend parler d’œufs ensevelis au fond du lac (dont on connaît mal le relief), puis relâchés par les mouvements de la croûte terrestre et la tectonique des plaques. D’éminents cryptozoologues encore (dont la discipline n’est pas reconnue), avancent l’hypothèse selon laquelle le monstre serait une baleine serpentine primitive de la famille des basilosauridés. Tout un programme en somme.

Les plus sceptiques, ou en tout cas les plus rationnels, émettent l’idée que l’Ogopogo n’est en réalité qu’un esturgeon blanc, le plus grand poisson d’eau douce d’Amérique du Nord qui a la particularité d’avoir le corps recouvert de plaques osseuses, et qui peut être très long. Plus globalement, on attribue la qualité de créature mystérieuse une interprétation abusive, née d’une observation erronée. Les témoins auraient pris un animal connu qui barbote, pour le monstre qu’il n’est pas (sauf à souffrir de zoophobie). Castor, loutre, lamantin, seiche, orignal même, et c’est toute la faune du Canada qui prend les traits de cette chimère marine.

Quant à nous, s’il nous en faut plus pour pouvoir prétendre et croire à l’existence d’un monstre lacustre à l’Okanagan, nous sommes très friands et l’on aime beaucoup ce genre de folklore.

 

ogopogo stamp

Crédits photo: (1) cryptid; (2) pibburns.

Charger Plus dans Morceaux de culture

5 Commentaires

  1. Alain

    26 décembre 2015 at 16:22

    C’est ça que j’aime, des choses insolites ou peu connues qu’on aimerait découvrir. Cet Ogopogo, j’aimerais bien le rencontrer, je lui enverrai comme offrande le chien de ma femme, qui jappe et jappe encore et aboie sans cesse. Je ne dors plus 😉

    Répondre

  2. Gabriel

    1 janvier 2016 at 16:36

    Hahaha, cette lecture toute en espièglerie m’a bien fait marrer. Je suis impatient de vous lire à propos du Sasquatch si toutefois c’était prévu. En tout cas bonne année à vous, et à tout le monde!!

    Répondre

    • Houston MacDougal

      2 janvier 2016 at 03:09

      Merci Gabriel.
      Pour Bigfoot/Sasquatch, on a eu l’idée il y a déjà un petit moment, mais on se donne du temps pour s’en convaincre. Et bonne année!!

      Répondre

  3. Virginie

    24 septembre 2016 at 11:12

    L’Ogopogo, c’est comme le croque-mitaine, une invention bien malicieuse pour faire peur aux enfants 🙂

    Répondre

    • Houston MacDougal

      24 septembre 2016 at 11:27

      C’est pas faux!

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Voir également

Queues de castor: la recette.

« Queues de castor, appelée BeaverTails en anglais, est une chaîne de pâtisseri…