Les marchands de rêve.

sonner

C’est une pratique un peu oubliée chez moi, celle du démarchage commercial sur le seuil de ta porte. C’est vrai, je n’ai que le souvenir du petit producteur qui vient te vendre le fruit de sa récolte de saison. Des pommes, un sac de patates pleines de terre, des courgettes et que sais-je encore. Il n’y a finalement que les Témoins de Jéhovah, qui dealent des portions d’ennui sur de petits imprimés à l’engeance biblique, no offense (quoique), qui arrivent à m’arracher un peu de mon temps. J’achète des pommes, et des patates aussi, mais tout se règle par un sourire et un peu de monnaie. Les Témoins, eux, veulent systématiquement me témoigner des choses et tous leurs interdits, ça prend du temps. Il ne faut pas fumer. Ouais, je sais c’est mal et puis quoi? Il ne faut pas baiser par simple plaisir. Si justement, je me sens vivant, j’aime ça. Ne pas boire d’alcool. Mais merde, j’ai grandi dans le pays du pinard. Je suis un challenge, un exclu fier de l’être, qui n’a pas d’argent pour leur acheter tout ça. La spiritualité, ce genre de choses, le prosélytisme aussi. Ici c’est différent alors je baisse un peu ma garde.

Un jour on frappe à la porte. Derrière le judas un tandem de choc attend que j’ouvre une serviette à la main. Si leur contenu m’indiffère, la jolie blonde, elle, a quelque chose qui m’interpelle. Je déverrouille, et si j’ai à peine le temps de remarquer la beauté de son acolyte, je suis happé par deux azurs vertigineux. Quant à son sourire qui laissait apparaître une dentition parfaite, j’aurais voulu me faire croquer par elle. Ah ça, je suis bien faible et encore, je n’ai rien entendu de son discours. Il y a quelque chose de sournois, mais d’aussi magnifiquement préparé que l’expérience d’un binôme rompu à l’odeur des podiums. Et c’est le défilé des offres les plus mirifiques que je contemple allant de la gauche, sur l’homme, et plus souvent encore vers la droite, sur cette créature qui veut faire de moi son ingénu du commerce inéquitable.

D’ailleurs, je ne sais pas ce qu’elle me dit, je reste coi. Et alors? Qu’y a-t-il de mieux qu’un moment suspendu dans l’illusion de sa perte. Parce que du temps je n’ai pas à en revendre, autant en profiter, alors elle rit. Le masque tombe et le miroir se brise. Lui, je n’entendrai jamais le son sa voix. Il s’est mis en retrait d’un pas puisque c’est elle qui m’intéresse, elle m’attaque. Ah ça, je suis bien faible et encore je n’écoutais pas. « Chez quel fournisseur es-tu? » me répète-t-elle. J’en sais rien, de toute façon au Canada internet est trop cher. Je veux revoir Free pisser sur la concurrence en explosant ce marché d’ententes, où je te paye pour me baiser. Mais le veut-elle? Non, juste une commission qui me rappelle à quel point je suis triste et ses propositions farfelues. Vois-tu ma blonde, j’étais prêt à t’acheter n’importe quoi, mais plus mon attention refait surface qu’elle maltraite cette torpeur beaucoup trop douce. Bell, Rogers et les autres, aucun de vous ne reverra jamais plus ma frimousse. Ici, je ne gère pas internet.

« Tu peux m’appeler si jamais tu penses que chez nous c’est mieux. » Et sur sa carte le numéro d’un conseiller commercial. Ah ça, j’étais bien faible.

Cette anecdote nous a convaincu d’écrire l’article: La vente de porte-à-porte au Québec.

Crédits photo: Share America.

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4 Commentaires

  1. Axelle

    3 mars 2018 at 13:54

    C’est tellement ça et c’est tellement vrai!!

    Répondre

    • Laurent

      14 mars 2018 at 14:51

      Ils se prennent tous des procès en masse, je ne les supporte pas

      Répondre

  2. Danielle

    22 avril 2018 at 09:40

    J’ai vécu la meme histoire…

    Répondre

    • Émilie

      4 mai 2018 at 14:16

      Toutes les semaines, quand vont-ils arrêter d’importuner les gens pour des conneries?

      Répondre

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