Comment truquer une étude d’impact sur le marché du travail (EIMT)?

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Alors Houston? Depuis quand tu fais dans le putaclic? J’avoue c’est vrai c’est un peu racoleur. Cela dit, la pratique que je vais décrire est un peu borderline et même temps, elle est aussi largement utilisée pour peu qu’on fasse appel à quelques spécialistes, ou quelques initiés. Ici, il ne s’agit pas de prendre parti, qu’on trouve ça bien ou mal, on l’explique simplement pour vous informer que ça existe, si vous ne le saviez pas. Mais d’abord, l’EIMT, c’est quoi?

Effectivement, une légère définition s’impose (glossaire CIC):

Une étude d’impact sur le marché du travail (EIMT) est un document qu’un employeur au Canada doit habituellement obtenir avant d’embaucher un travailleur étranger. Une EIMT favorable indique que le travailleur étranger comble un besoin en prenant l’emploi offert et qu’aucun travailleur canadien ne peut faire le travail. Une EIMT favorable est parfois appelée une « lettre de confirmation ».

Autrement dit, l’étude tend à démontrer, c’est en tout cas son objectif, qu’un étranger n’est pas en train de dérober le travail d’un citoyen canadien. Tous les pays font ça, quoi de plus logique après tout.

L’importance que représente l’obtention de cette EIMT favorable, c’est qu’elle doit être jointe à la plupart des demandes de permis de travail, sans quoi ce dernier peut être refusé. C’est donc devenu en quelque sorte un prérequis (hors dispenses évidemment, comme pour les métiers en pénurie). Et puisque la démarche coûte de l’argent, il n’est pas rare d’assister à de petits arrangements entre amis: l’employeur paye, et son futur employé le rembourse de tout ou partie des frais.

Postulat de départ.

Un employeur canadien souhaite recruter un étranger. C’est lui qu’il veut, personne d’autre, son recrutement est fait: si vous gardez ça en tête la pilule passera mieux.

Dès lors, puisque l’EIMT est contraignante, il ne s’agit pas de tricher ou de piper les dés. Il s’agit en réalité de tirer profit des règles qu’on nous impose. Comment faire pour que seul le poulain de l’employeur en question, puisse justifier de l’obtention d’une EIMT favorable. En d’autres termes: il est indispensable à l’entreprise, validez le fait qu’il puisse venir.

Des verrous et des garde-fous.

La législation impose à l’employeur de faire publier son annonce de poste plusieurs semaines avant de pouvoir présenter une demande d’EIMT, et ce dans différents médias ou sites web (3 ou 4). Il faut donc faire une publicité de l’offre, mais afin de ne pas crouler sous les candidatures il faudra choisir de faire paraître l’annonce dans des sites spécialisés peu fréquentés. Le site même de l’entreprise (s’il existe) compte pour un. Il est très apprécié, car il est facile d’y dissimuler les annonces lorsqu’il n’y a pas d’espace dédié au recrutement. C’est important d’avoir le minimum de C.V possible, on gagne du temps sur le tri, même quand on sait checker une candidature en 30 secondes.

Oui, c’est dégueulasse, mais tout ce qui va suivre l’est encore plus.

L’annonce en elle-même: pierre angulaire du subterfuge.

Il faut rédiger cette annonce de telle sorte que seul notre poulain puisse être retenu, ou dans le pire des cas, son clone. Le pire étant ici inenvisageable, il faut tirer du profil de notre candidat des critères qui lui sont propres, et bâtir des murs tout autour. Ils seront nos nouveaux critères de recrutement, et l’éviction de tous les autres candidats se fera au regard du seul profil de notre poulain.

Donnons quelques exemples:

  • Une expérience internationale: elle permet d’évincer la quasi-totalité des canadiens, qui sont rares à avoir travaillé en dehors du Canada.
  • Une expérience enfermée dans des termes (entre x et y années): tous ceux qui sont en dehors de ces termes sont recalés.
  • Un niveau d’étude spécifique: trop ou pas assez diplômé, oust!
  • Un secteur d’études particulier: on ignore ici ceux qui ont des compétences transversales ou qui ont fait des études dans un secteur d’activité connexe. On a dit qu’on allait être dégueulasse ou pas?
  • Vous pouvez choisir autant de critères que vous souhaitez pourvu qu’ils soient pertinents (langues parlées, connaissances informatiques etc…).

Rappelez-vous, seul notre poulain doit correspondre à notre annonce dans sa totalité, et de toute façon il a déjà été retenu.

Une fois l’annonce publiée et le temps légal de parution écoulés, il faut faire la demande d’EIMT, en y ajoutant quelques petites choses.

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Les documents justificatifs.

Le simple fait de ne pas avoir de candidat autre que notre poulain n’est pas suffisant, il faut toujours que ce soit motivé d’une façon ou d’une autre. Pour cela, il suffit de glisser dans sa demande deux petits documents pour illustrer « l’échec » de la campagne de recrutement, et l’urgence de permettre à notre candidat de pouvoir travailler.

  • Le tableau des rejets.

Il n’existe aucun qualificatif agréable pour nommer ce type de tableau, mais il a le mérite d’être suffisamment évocateur pour tout le monde. Bien entendu, pour l’institution, il aura le nom de « candidatures » par exemple, et vous l’introduirez dans le document suivant (la lettre explicative).

Dans ce tableau, Excel est ton ami (mais vous pouvez le faire avec n’importe quoi), on reprend chaque candidature en attribuant un numéro à chacun des C.V reçus, de sorte qu’apparaisse uniquement une liste de numéros dans celui-ci. 50 candidatures, 50 numéros, facile. Cette subtilité vise à respecter l’anonymat des candidats, et surtout qu’il n’y a pas de soupçon de discrimination.

Maintenant, il ne vous reste plus qu’à détailler, en face et pour chacun de ces numéros, la ou les raisons du rejet de la candidature. Pour ça, vous reprenez les critères élaborés dans la rédaction de l’annonce du poste, et vous expliquez: « absence d’expérience internationale », « niveau d’étude insuffisant » etc… Si un seul de vos critères fait défaut, c’est un motif légitime de rejet. Rappelons-nous que notre poulain, lui, correspond à tous les critères.

S’il y a des candidatures qui ne manquent pas de panache, on voit quand même quelques C.V en or défiler, et c’est parfois un véritable crève-cœur lorsque des profils sont nettement meilleurs que notre poulain. Mais ça, c’est uniquement sur le papier, car il a déjà franchi toutes les étapes du recrutement avant tout le monde.

  • La lettre explicative.

C’est une lettre tout à fait formelle, où l’on se permet de pleurnicher un peu. Il s’agit simplement d’expliquer l’objet de la demande, c’est-à-dire une étude d’impact, en rappelant qu’on s’est soumis à la législation sans pour autant avoir pu trouver de candidat idéal ici. Hop, détail de l’échec du recrutement dans le document annexe « candidatures ».  Finalement, on a recours à l’extérieur par défaut. Puis on introduit le fait que notre poulain, qui donc vient d’ailleurs, est le seul à pouvoir répondre à nos besoins. Et c’est là qu’on pleurniche un peu: dire qu’il est urgent pour vous d’être en mesure de le nommer à son poste (après toutes les étapes visant à obtenir son permis de travail, dont l’EIMT fait partie), sinon c’est l’entreprise qui est en péril blablabla. On n’affirme rien, on évoque ses craintes légitimes: il ne faut pas qu’ils aient l’impression qu’on leur force (trop) la main. Tous les arguments sont bons. On nuance notre style, mais on garde notre message clair.

On n’a pas connu l’échec avec cette technique, et on a eu que des employeurs et des employés heureux.

Crédits photo: (1) Andrew Drysdale, (2) GreenLaw Avocat.

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Un commentaire

  1. Frida

    19 avril 2017 at 21:37

    C’est peut-être dur à dire mais je ne suis tellement pas étonnée.

    Répondre

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