À la découverte de lieux abandonnés en Ontario.

dance hall boblo

On n’a pas du tout voulu faire une liste exhaustive de tous les sites abandonnés de la province. D’autres s’en sont chargés et répertorient chaque jour les endroits que l’on avait oubliés et dont il subsiste encore la trace ou le souvenir. On a plutôt choisi des lieux qui nous ressemblent, qui nous touchent parce qu’ils se réfèrent à des thèmes qui nous sont chers, parce qu’ils sont variés, parce qu’ils nous ont donné envie de vous en parler. Ils sont à bien des égards l’Histoire de l’Ontario et sont encore accessibles aujourd’hui, avec toutes les précautions qui s’imposent. Nous ne vous en donnerons pas l’adresse exacte. Ces endroits sont très souvent des institutions connus de tous, et les indices laissés ici ou là restent nombreux. On a juste voulu être les témoins de ces lieux, comme de simples passants.

Boblo Island Amusement Park.

boblo amusement park

L’île Boblo, c’est le nom qu’on a donné à l’île Bois Blanc où a ouvert un parc d’attractions en 1898. Des milliers de visiteurs en mal de divertissement s’y sont affairés depuis Détroit ou Amherstberg selon le côté de la rivière, en boblo-boat, évidemment. Fermé en 1993, il reste aujourd’hui encore plusieurs structures qui témoignent d’un lieu dont on imagine mal l’effervescence. Des maisons résidentielles poussent jusqu’à envahir l’île comme de la mauvaise herbe, et on se demande ce qu’il adviendra de cette salle de danse gigantesque, celle-là même financée en son temps par Henry Ford, la seconde plus grande au monde pouvant accueillir 5.000 danseurs à l’époque. Une gourmandise. Elle comportait l’un des plus grands orchestrions du monde, avec 419 tubes et sa propre section à percussions. Et le théâtre, et tout le reste… Des attractions qui ont fait sa popularité, il ne subsiste en revanche que peu de choses à l’heure actuelle, et parcourir l’île s’apparente davantage à la petite balade dominicale plutôt que de la session d’urbex pure et dure. Et en vélo ça fait le travail, suffit d’emprunter le traversier. Mais bon, après tout on s’en fout, c’est le témoignage qui compte.

Camp Bison, la prison de Burwash.

haunting prison

Le centre correctionnel de Burwash a ouvert en 1914. Au fil des années, une communauté entière s’est créée tout autour, construite notamment par des détenus pour loger environ 1.000 personnes travaillant (gratuitement) à la prison, ainsi qu’à la ferme (à chourer quelques carottes en scred). Jugé trop coûteux, le complexe a fermé en 1975 et progressivement été démoli, laissant aujourd’hui seul le bâtiment de briques rouges aux curieux et aux éléments. Le site est très connu, et il a largement été vandalisé. Dommage. Appartenant aujourd’hui à un particulier, et ce depuis 2014, on autorise la visite du lieu, moyennant « un don de 20$/personne (…) requis pour couvrir les frais de fonctionnement liés à la visite de la propriété, et la signature d’une renonciation à toute responsabilité. »  Du business s’y développe puisque l’exploration de bâtiments abandonnés a le vent en poupe. On trouve même sur le site de tourisme de l’Ontario la promotion de cette prison agricole, où on peut « y passer un jour, y camper la nuit ou séjourner dans une cellule rénovée. » L’endroit étant d’ailleurs difficilement accessible, on vous propose de vous y rendre en bateau. Pourquoi pas, et tant pis pour l’absence de stress dû à l’encadrement, on prendra un shoot d’adrénaline en se racontant des histoires qui font peur le soir. Dans tous les cas, entrer dans une propriété privée sans autorisation reste illégal, donc bon.

Le sanatorium de Muskoka.

sanatorium

Le Muskoka Cottage Sanatorium, selon sa toute première appellation, a ouvert ses portes à Gravenhurst en 1897, devenant ainsi le premier sanatorium pour tuberculeux au Canada, et le troisième dans toute l’Amérique du Nord. Quelques années plus tard, en 1920, l’hôpital Muskoka Free Hospital for Consumptives a été construit au même emplacement (le premier du genre entièrement gratuit au monde). Les rives sur la Baie Georgienne constituaient un endroit de choix pour son air frais et clair, considéré comme le remède à l’époque. Le centre a hébergé les patients au premier stade de la maladie pulmonaire puisqu’on y refusait les cas plus avancés. Au début du dernier siècle, l’établissement accueillait près de 450 résidents qui passaient le plus clair de leur temps (10 à 12 heures par jour) dehors. Et qu’importe qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige. À mesure que le traitement de la tuberculose progressait, l’occupation de l’établissement a considérablement diminué pour accueillir enfin les personnes ayant des retards de développement. Depuis sa fermeture définitive en 1993, le sanatorium opère sa dernière mue vers la ruine… avant qu’il ne soit définitivement démoli.

Camp 30 – Bowmanville POW Camp.

bowmanville

En 1922, John H. H. Jury fit don de sa ferme (la ferme Darch) de 120 hectares au gouvernement pour qu’il construise une école pour les «garçons non ajustés, qui ne sont pas intrinsèquement délinquants» (littéralement, unadjusted boys who were not inherently delinquent), les paumés, les merdeux quoi. 5 ans plus tard, l’école Camp 30 était sortie de terre. Elle continua l’être jusqu’en avril 1941, lorsque le gouvernement prit la décision d’en faire un camp de prisonniers de guerre (POW en anglais). Le projet devait être réalisé en 7 mois, ce qui fut fait avec une enceinte sécurisée, 9 tours de garde, une caserne etc. Il était évident à l’époque qu’il faudrait un camp pour les prisonniers de guerre allemands, notamment les officiers, mais son emplacement devait être sécurisé dans un pays du Commonwealth, le plus loin de Grande-Bretagne au cas où celle-ci serait envahie. Ainsi, les officiers ne seraient libérés et remis au combat. Le camp 30 était le meilleur choix possible. L’ironie veut que ces officiers ennemis atterrirent non loin du célèbre camp d’espionnage Camp-X. Au cours de la guerre, le camp 30 a accueilli environ 880 officiers allemands de haut rang. Une mutinerie eut lieu 1942, les prisonniers prirent le contrôle du camp dans ce que l’on aurait appelé la Bataille de Bowmanville. Les mutins se rendirent 3 jours plus tard. Ce qu’il subsiste aujourd’hui du camp a été désigné lieu historique national du Canada en 2013.

McCormick Candy Factory.

candy factory london

Les gens du coin l’appellent le Palais ensoleillé, vous verrez pourquoi, ou encore le Palais des bonbons. Pour nous autres, c’est la Candy Factory, et se range dans la catégorie des must pour un explorateur qui ne peut la regarder autrement qu’avec des yeux d’enfants. La fabrique de caries, l’usine à sucre est d’abord l’œuvre des architectes Watt & Blackwell qui ont conçu le bâtiment comme «l’une des usines les plus raffinées et les plus hygiéniques en Amérique du Nord». Avec 70% de ses murs extérieurs faits de fenêtres, les douceurs sucrées comme les fantômes se dorent au soleil. À l’origine, Thomas McCormick a immigré d’Irlande du Nord à London en 1849 et a travaillé comme commis d’épicerie avant de devenir confiseur. Il fonda une petite entreprise de confiserie en 1858, et en fit l’une des plus importantes au Canada. Ses successeurs ont fait ériger cette fabrique qui connut son apogée dans les années 20 du siècle dernier. Après être passée entre presque toutes les mains sans qu’aucune d’elles n’en tire avantage, l’année 2008 sonna le glas d’une usine dont la toxicité n’a pas d’égal, sauf à signer le chèque de 8,1 M$ pour sa décontamination. Port du masque obligatoire.

Crédits photo: (1) RiddimRyder; (2) Ran; (3) Gregory Pleau; (4) digitisation; (5) Garland Artisan; (6) zOth.

 

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Sur le Sentier de la Statue.

Crédits photo: Clem; Ju; Arkance. …